Le Top 10 2006


Comme à chaque année, voici venu le temps de faire un peu le décompte de tous les albums de 2006 et de partager la liste de mes 10 principaux coups de coeur. Ces albums ont été choisis sans aucune pression commerciale ou autre. Ils sont là simplement parce que le matériel qu'ils contiennent a fait mon bonheur pendant plusieurs écoutes et que chacun a su se démarquer à mes oreilles. Il faut prendre le tout avec un grain de sel puisque je n'ai pas eu le temps (ou les moyens) d'écouter tous les albums produits cette année. On y va donc en partant de la dixième à la première place !


Numéro 10


Un - Album éponyme


Plusieurs nouveaux groupes se sont démarqués en 2006, parmi ceux-ci le groupe Un a souvent trouvé le chemin de mes oreilles avec son rock caractéristique, visiblement influencé par la musique progressive des années 70. On retrouve beaucoup de guitares (acoustique et électrique) mais aussi beaucoup de claviers (piano, synthétiseurs) et des compositions qui savent accrocher l'oreille. Les textes sont un tant soit peu humoristiques (voire sarcastiques) et ne font pas dans la fioriture mais l'importance c'est d'accrocher sur le produit global, et cela Un l'a réussi sans équivoque.

Pour l'album qui comporte 14 chansons, les 5 membres du groupe se sont entourés de Serge Fiori (Harmonium) comme mentor et d'André Lambert (Daniel Lavoie, Claude Dubois, Ex-Libris, Robert Charlebois) à la réalisation. Bien que la mention "progressive" puisse s'appliquer à la majorité des musiques du groupe, on peut aussi y retrouver du pop, du folk et du country.

Numéro 9


NEeMA - Masi Cho


Une surprise pour moi que l'arrivée de cet album après que l'artiste ait séjourné auprès d'une tribu du grand nord canadien. Je ne connaissais pas son parcours qui s'est avéré presqu'une quête de la vérité, alors que la jeune femme, née de parents égyptiens et libanais, a voyagé à travers le monde, l'Afrique, l'Asie, l'Australie, l'Europe, l'Inde, pour ensuite passer plus de deux ans au sein d'une communauté autochtone au nord de Yellowknife dans le nord ouest du pays. C'est là que le projet de disque a vraiment pris forme, avec l'aide de son collaborateur, le bassiste François Turgeon.

En plein milieu de la nature sauvage du grand nord, puisant dans ses expériences de voyage et son bagage culturel unique, elle écrit et met en musique des textes engagés, que ce soit pour la vie, la nature ou simplement le gros bon sens. Elle chante surtout en anglais mais ajoute à l'occasion du français, de l'arabe et du Tlicho, le langage du peuple qui l'a accueillie pendant ces deux années de ressourcement. Justement, en langue Tlicho, le titre de son album Masì Cho signifie "Merci beaucoup".

Pour ce premier opus, outre François Turgeon et Rick Haworth, NEeMA s'est entourée de la chanteuse de jazz Karen Young, de David Sturton (Jean Leloup), Tagaq (Björk) et Sari Dajani. Le premier vidéo tiré de cet album, celui de la chanson Masì, représente un hymne pour la paix entre les peuples et les religions, dans le respect de la nature qui nous entoure. Ce qu'on ressent à voir et entendre NEeMA sur scène, c'est toute l'intégrité de sa démarche, de la pureté des intentions, et de la richesse de son âme. Une grande artiste remplie d'humanité !

Numéro 8


Marie-Marine - Héritage humain


Marie-Marine, finaliste de Petite-Vallée à l'été 2005 a relevé un intéressant défi. Reprendre le matériel de son père (Raymond Lévesque) et le remettre au goût du jour. Cela donne un album à la fois poétique er rempli d'humanité.

Ce premier disque nous invite dans son univers onirique, aidé d'Yves Lambert (ex-Bottine Souriante) et Steve Normandin qui a signé les arrangements d'une des meilleures chansons de l'album, L'amour et le guerre / A nos morts, qui amalgame deux chansons de son père et où elle partage les mots avec nul autre que Yann Perreau.

Au total, six chansons de Raymond Lévesque, cinq de Marie-Marine (avec l'aide de ses musiciens) et une petite dernière qui est une adaptation de la pièce Spleen et Montréal de Loco Locass. Découvrir cet album, c'est réaliser que les textes de son père sont toujours aussi poétiques et d'actualité, tout en découvrant une artiste dont la démarche est unique. Un très bel album !

Numéro 7


Daniel Bouliane - Tagayet


Daniel Bouliane est surtout connu pour sa participation à l'élaboration de plusieurs bandes sonores, dont certaines séries télévisées (Cauchemar d'amour...) et plusieurs films (Greg et Gentillon, The last just man...). Son plus récent projet est une oeuvre qui se rapproche de la vie au quotidien, avec ses moments joyeux et ses moments plus dramatiques. Un album de musiques du monde qui devrait allumer la flamme des amateurs du genre et peut-être même la faire découvrir à d'autres.

L'album est associé à un film du nom de Tagayet (qui signifie "au milieu de nulle part" ). Tagayet est un petit village construit autour d'un nouveau puits creusé en plein milieu du désert du Sahara au Niger. Le puits a été réalisé grâce aux efforts de Louise Dallaire, productrice exécutive du film, ainsi qu'à l'aide d'autres amis et collaborateurs.
Tout au long des 10 pièces de l'album, on ressent à la fois la beauté du désert et l'espoir indéfectible d'un peuple aux prises avec un besoin de survie au jour le jour. On y retrouve une musique du monde aux accents africains, chargée des parfums du désert et de la caresse du vent. Une oeuvre d'une grande beauté !

Numéro 6


Brigitte Saint-Aubin - Être


Un premier album surprenant pour la chanteuse comédienne qui avait vu l'une de ses chansons être primée par le public au Festival de Granby en 2002. C'est avec fébrilité et un plaisir immense qu'elle nous concocté cet album avec des pièces qui germaient dans son jardin depuis plusieurs années. Auteure compositrice interprète qu'on pourrait qualifier de folk-pop, Brigitte est une amoureuse des mots. Influencée par les Gainsbourg, Vian, Corcoran et Bélanger, elle aime jouer avec les sonorités et le sens des mots pour raconter des histoires, transmettre des idées et imager des sensations. Humour ludique et mélancolie, légèreté et gravité, naïveté et lucidité sont autant de contradictions qui décrivent à la fois ses chansons et sa personnalité.

Elle chante l'amour sous différentes formes, de même que la vie, la mort et les départs. Une chanson me touche particulièrement soit La chanson de Fernand qui décrit les remords qu'une femme qui avait rayé son père de sa vie parce qu'il les avait quittées elle et sa mère. D'un autre côté, Monsieur William traite de l'acceptation de la différence, alors que la dernière pièce de l'album se veut fort sensuelle, Crème Caramel nous dévoile une jeune femme qui n'a pas peur des mots et de leur sens.

Bref, un excellent album plein de couleurs et de vie, une musique aérée, fort bien appuyée par les arrangements de plusieurs collaborateurs dont Ian Kelly et Michel Héroux. On note l'apport d'Ariane Moffat pour la musique de Mon pou-mon coeur, et la voix de Yann Perreau sur Les nyctalopes galopent.

Numéro 5


Edgar Bori - Dans ce monde poutt poutt


Tous les 2 ou 3 ans environ, quand on est sage et qu'on se couche tôt, on a droit à un joli cadeau, celui d'un nouvel album du maître du verbe et de l'ombre, Edgar Bori. Cette année en sera une de vaches grasses avec cette galette au titre évocateur de Dans ce monde poutt poutt. L'homme de l'ombre reprend donc le collier pour dénoncer les imbécillités de ce monde dans lequel on vit. Au travers des 15 chansons de l'album, Bori nous amène sur la route, traite de départs et de déserts, préconise le retour aux sources, frôle la catastrophe et exulte ses colères.

Bien entouré de Guy Hébert à la co-réalisation et des musiciens aguerris que sont les Jean-François Groulx, Mario Légaré, Rick Haworth, Sylvain Clavette et plusieurs autres, Bori a aussi fait appel à la jeune et talentueuse Maranda Collin aux voix, Maranda qu'on avait découverte au Festival de Petite Vallée à l'été 2005.

Quel que soit le style musical retenu pour chaque chanson, Bori en fait du Bori ! Il y couche ses propres textes ou ceux des autres, ajoute l'enveloppe vocale typique au chanteur de l'ombre et voilà, on y est, un sixième Bori, semblable mais différent, unique mais typique, au pays des ombres, l'odorat est roi et cet album sent très bon!

Numéro 4


Les tireux d'roches... papier, ciseaux


C'est un troisième album pour les folkloristes de Lanaudière, région qui se veut sans contredit le berceau de la musique trad au Québec. A ce titre, Les Tireux d'Roches réussissent à tirer leur épingle du jeu en mariant joyeusement les musiques du terroir québécois avec des instruments et des arrangements venus des quatre coins de la planète, que ce soit d'Europe de l'est ou du moyen orient.

Même si elle est fortement teintée du folklore traditionnel, on peut accrocher sur les sonorités bien actuelles de leur musique et oublier qu'on a affaire à un groupe trad. C'est un tour de force puisque je ne suis pas un grand amateur de ce genre musical. L'amalgame produit par les Tireux d'Roches pourrait me rapprocher de leur source musicale un peu comme l'avait fait Garolou dans les années 70 avec leur touche de rock progressif apposée sur une base de folklore traditionnel.

Je note au passage l'immense Fresque du colon qui mélange musique, textes chantés et textes racontés. Un parfait mélange d'époques que j'ai bien dû écouter trois fois dans la même heure (et elle fait plus de 10 minutes. Très très bien !

Numéro 3


Stéphane Côté - Le cirque du temps


Il y a quatre ans je découvrais ce grand bonhomme de la région de Québec qui nous présentait alors un premier album intitulé Rue des balivernes. Sous le charme même après de nombreuses heures d'écoute, j'avais bien hâte que le créateur de cet album récidive. Après 5 ans, c'est maintenant chose faite, et drôlement bien faite. L'ancien lauréat ACI du Festival de Petite Vallée a pris le temps de peaufiner chaque chanson comme un bijou qu'il allait offrir à son public. Chaque mot compte, chaque phrase est soulignée par un enrobage musical soyeux et soigné !

Sa poésie se veut simple mais pas racoleuse, comme cet extrait de la chanson Le temps: "... le temps, le luxe indécent ...". Quelle belle façon de nous rappeler à quel point nous en sommes rendus à courir après le temps qui nous manque, au point de le considérer comme un luxe presque pire que l'argent. Si on peut mettre à l'avant-plan la qualité des textes et de la poésie de Stéphane Côté, il faut faire de même pour les musiques de cet album qui mettent en valeur les guitares (acoustique surtout), rehaussées à l'occasion par le violon et l'accordéon. J'ajoute aussi que Stéphane a réussi à concocter des lignes mélodiques fort accrocheuses qui devraient lui permettre de percer certaines radios ouvertes à la chanson de qualité. Un succès populaire est aussi à la portée de l'artiste avec des chansons comme Le temps, Hommage ou Par hasard.

Numéro 2


Andréa Lindsay - La belle étoile


Je l'ai entendue pour la première fois au salon des musiques indépendantes de Québec, j'ai été séduit par sa personnalité, sa voix et ses chansons pop accrocheuses qui ont un fort goût de revenez-y. Son premier album aura permis à tous de découvrir ce petit brin de femme qui a choisi de chanter dans la langue de Mollière malgré qu'elle soit une anglophone originaire de l'Ontario.

Tout au long des onze pièces de l'album, la voix fort reconnaissable et distinctive d'Andréa vient nous charmer avec ce je-ne-sais-quoi de sensibilité qui la caractérise tout en nous accrochant avec ses rythmes "pop musette" comme le mentionne son dossier de presse.

En tout, 11 chansons (en plus de la version cachée en anglais de Près de toi) dont 8 textes sont de la plume d'Andréa (avec quelques collaborations) alors que les musiques sont d'Andréa avec l'aide d'Éric Graveline et de quelques autres. Deux chansons sont en espagnol, l'une de José Luis Perales et l'autre issue du duo Tom Jobim / Vinicius de Moraes. Le dernier texte est de Victor Hugo (Demain dès l'aube). Le premier extrait a été une des meilleures chansons de l'année, Les yeux de Marie a aussi fait l'objet d'un vidéoclip fort populaire. Tout le disque met bien en valeur le style d'Andréa. Une jeune femme fort prometteuse !

Numéro 1


Pierre Lapointe - La forêt des mal-aimés


Quand cet album a été lancé, on n'avait d'oreilles que pour lui. Un des rares artistes de cette sélection 2006 qui ait réussi à obtenir un grand succès populaire et tellement mérité. Le disque est peut-être plus pop que son prédécesseur, l'éponyme Pierre Lapointe, mais il en a encore toutes les qualités.

Des textes accrocheurs, des musiques recherchées et rythmées, une interprétation à la fois fine et ludique, chaque élément du matériel de Pierre Lapointe se fond en un tout d'une cohérence surprenante, du début à la fin. Un album qu'on pourrait qualifier de "concept" alors que l'enveloppe crée une ligne directrice qui regroupe les chansons. Une promenade dans la forêt des mal-aimés, avec tous les bruits de fond appropriés, sur une musique sans âge et sans style précis. Ça, c'est la beauté et la caractéristique d'une artiste au dessus de la moyenne qui nous pond un disque au dessus de la moyenne. Un classique en devenir !

La Musique du Québec, "Je Me Souviens !"

Michel Parent